Célimène part – Célimène is leaving

par marronne

Je suis Célimène Marronne, fille de l’Océan indien.
A 18 ans, la Réunion est l’endroit le plus mortel au monde. Je quitte _enfin_ mon île natale, la Réunion pour poursuivre mes études à Paris. Je ne savais pas trop quoi faire après mon bac mais j’étais sûre d’une chose ; je devais quitter ce “paradis”.
Je ne pouvais pas imaginer de futur dans cet univers clos, coupé du monde entier, où une mentalité de petit village m’étouffait un peu plus chaque jour.
Je prends donc l’avion pour de nouvelles aventures.
Paris, c’était venu un peu comme ça. Si j’avais pu, je serais partie volontiers à l’étranger. Mais mes parents me faisaient déjà bien assez comprendre que je leur coûtais cher. Bon, c’est vrai que j’ai vu “Les Fabuleuses Aventures d’Amélie Poulain” de Jean-Pierre Jeunet et que j’ai été séduite par cette vision très romanesque, toute en sépia et poésie. Et puis, c’était la seule université à m’avoir acceptée !
ll est temps de dire au revoir à mes parents, mon île, mes racines. J’ai un énorme noeud dans la gorge, je pleure et en un sens, je ne sais pas où je vais.
Et puis, je me souviens de cette interview du directeur du CROUS au journal de midi, vantant une politique de mobilité exceptionnelle, en perpétuelle expansion. Des millions débloqués pour ceux qui ont le cran de partir ! Des aides garanties ! Des boursiers encouragés ! La promesse d’un retour triomphant et d’une belle vie de diplômée !
C’est ça : donnez de l’argent à mes parents pour que j’échappe à l’ennui éternel ! Donnez-moi l’opportunité de voyager à travers un continent, de prendre des trains, des bus et ne pas avoir un minimum de 10 heures d’avion !
Et puis, j’ai aussi peur de cette vie qui semble toute tracée pour moi : avoir un enfant jeune, un travail dans la fonction publique au mieux, ne pas faire d’histoires et que rien ne dépasse. Rester le plus silencieuse possible en attendant…la mort. Malheureusement, j’avais des exemples sous mes yeux au lycée de filles-mères, presque épanouies et “normales”.
Je suis triste de quitter mes repères mais pas encore assez consciente de ma peine, encore à savourer ma liberté toute neuve.

I’m Célimène Marronne, a girl of the Indian ocean.
Being 18 in Reunion island is just the most absolutely boring punishment. I leave _finally!_ my island to study in Paris. I didn’t really know what to do for my higher studies but I was certain of one thing : I had to leave this ‘paradise’.
I couldn’t imagine a future in this closed world, cut off the entire world, where I was suffocating everyday more and more by the backwater mentality.
So, I’m taking a plane for new adventures !
I didn’t really choose Paris, it came like this. If I could, I would go abroad. But my parents were already clear enough to their budget. Well, it’s true, I’ve seen Jean-Pierre Jeunet ‘s ‘‘Amélie from Montmartre’ and I’ve been seduced by this very romantic vision of the city, full of poetry and sepia pictures. And it was also the only university to admit me !
It’s time to say goodbye to my parents, my island, my roots. I’ve got a huge knot in my throat, I’m crying and in a way, I don’t know where I’m going.
And then, I remember the Student Allowance director interviewed on TV mid-day news, boasting of an exceptional mobility, in constant expansion. Billions budget for those who are brave enough to leave ! Subventions guaranteed ! Granted students helped ! The promise of a triumph when you’ll be back and a wonderful life of the graduated person !
That’s it : give the money to my parents for me to escape the everlasting boredom ! Give me the opportunity to travel through a continent, to take trains and buses and not to have a 10 hours minimum flight !
And I’m also afraid of my fate : being a early mother, working for the government at best, don’t rock the boat and stay within the guidelines. Stay as silent as a stone waiting…death. Unfortunately, I had many examples in front of me at the highschool of mothers-daughters.
I’m sad to lose my roots but not still conscious of my pain, savouring my very new freedom.

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