Premiers pas à Paris – First steps in Paris

par marronne

J’arrive à Paris épuisée, déshydratée d’avoir pleurée toutes les larmes de mon corps. Et moi qui pensait que j’étais fière, indépendante et aventurière !
Paris est gris, moche, froid. Septembre, la rentrée des classes… Mais la liberté !
Je déchante très vite. A peine le temps de sillonner le quartier latin, de voir la Sorbonne et voilà que mes parents m’appellent pour me dire de rester où je suis, en sécurité.
Quoi ?
11 septembre 2001. Paris est une poudrière. On me parle de la station Saint-Michel. Je suis chez une amie. On découvre sur le net les premières images de la catastrophe.
Les jours qui suivent, la tension est palpable dans le métro. Je vais en cours avec mon sac à dos et j’ai l’impression d’être une terroriste, tous les yeux braqués sur moi. Et finalement, station Richelieu-Drouot, je fais face à une réalité ; une vieille femme _dont je n’avais même pas remarqué la présence_ m’interpelle.
“Sale arabe !”
“Oh mais tu sais, ce n’est rien. Tu ne dois pas faire attention à ça.” pour seul réconfort.
Oui, bon, je n’étais pas non plus une oie blanche en la matière. J’avais déjà assisté à des danses du ventre sur mon passage durant quelques années en métropole pendant ma scolarité, qui m’avaient laissées très perplexes.
Mais ce crachat verbal me laisse totalement abasourdie.
Je suis habituée à un métissage absolu, à côtoyer des amis avec parfois deux religions. J’essaie de me souvenir d’insultes liées à la couleur de peau et sur le moment, j’ai vraiment du mal. J’ai l’impression d’arriver dans un conflit qui n’est pas le mien mais où je suis quand même pris à partie.
Les locaux de l’université sont lugubres et le mur de la “cour” me fait penser à un mur d’exécution boulevard Malesherbes.
J’essaie d’entamer la conversation avec quelques personnes mais ma dégaine n’inspire pas vraiment ces parisiennes se connaissant depuis la maternelle. Je remarque que nous sommes peu de couleur dans cet amphithéâtre. Je me dis qu’il y a vraiment une erreur de casting. J’entends dire qu’on n’entre pas comme ça ici, qu’il y a une sélection, même si c’est interdit. Mais je reste sur mon idée de chien dans un jeu de quilles.
Mes quelques contacts situent rarement la Réunion, ou aux Antilles. Cette méconnaissance de l’outremer m’intrigue un peu, moi qui ait presque subi les cours d’Histoire _de la France métropolitaine_ au lycée. Mais à leur décharge, je me rends compte que l’île n’est qu’une petite mention, peut-être en Education civique, pas sûr que ce soit en Histoire…ou lorsqu’on parlait du temps des colonies…

Exhausted, I’m arriving in Paris, deshydrated by crying my eyes out. And I was thinking I was proud, independent and adventuress !
Paris is grey, ugly, cold. September, start of the school year…but Freedom !
My illusions disappear quite quickly. I’ve just the time to criss-cross the Latin Quarter, to see La Sorbonne and a call from my parents recommend me not to move and to stay safe.
What the ?
11 September 2001. Paris is a powder keg. People talk about Saint-Michel station. I’m with a friend. We discover the first online videos of the disaster.
The following days, the tension is filling the air in the metro. I’m going to the uni with my backpack and I’m feeling like a terrorist, all the people staring a me. And finally, at Richelieu-Drouot station, I face reality : an old woman _ who I haven’t paid attention_  shouts at me.
‘You dirty arab!’
‘But you know, it’s nothing. Don’t care about it.’, my only comfort.
Well, I was neither a babe in the woods about the matter. I had ever seen bellydances on my way during few years in my scholarship in the mother country, which had have let me perplexed.
But this verbal sputum makes me feel dizzy.
I’m used to a complete mixing, to have friends from two religions sometimes.
I’m trying to remember insults related to skin colour and at this moment, I cannot think about anything like it. I feel like coming into a conflict which is not mine but where I am involved anyway.
The university buildings are gloomy. The big wall of the ‘courtyard’ makes me think of an execution wall on boulevard Malesherbes.
I’m trying to start a conversation with some people but my look is not inspiring for these Parisian girls knowing each other from kindergarden time. I notice that we are few non-white people in this amphitheatre. I really think there is a casting error.
I hear that it’s not easy to get in there, that there is a selection, even if it’s forbidden. But I keep thinking I am not fitting in.
The few people I’m talking with struggle to locate Reunion island, or put it with the French Antillas in the Carribeans(more known in the mother country). This ignorance about the Overseas territories is a little bit intrigant for me. I remember suffering from History _from the mother-country_ lessons in highschool. But to their defence, I notice that the island is just a mention, maybe in Civic education, not certain of it in History…or we were talking about colonies time…

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