Célimène Marronne

Une vision anti-colonialiste – An anti-colonialist point of view

Mois : février, 2012

Cooling down – Le soufflé retombe.

The situation is already cooling down in Reunion island. Some fires are still active in the island but there are more embers. The « Revolt » is going down by lack of organisation. This « movement » doesn’t have a direction neither a face. It is disembodied and it is the weak point of all the island in fact. Antillas people succeed to structur and strenght their actions thanks to strong figures from the past like Aimé Césaire.

The mediatisation of these « riots » is quite interesting and especially…flat! Tonight, I’ve watched a debate on a local TV and it was clearly out. For sure, we try to let speak major actors like the president of a social association from Le Port (hot spot), a Chaudron (another hot spot) artist and a sociologist. But real problems don’t have been put in light : mechanism of the local economy and priority to employ local people. They vaguely talked about supermarkets (only one supplier!) but not talking about monopoly and affairs on institutions and companies. But where are journalists ? Where is the investigation ?

But how to solve such a debate in only 15 minutes ? In this period, debates should be everyday and with everybody ! Every social class, investigation and interviews ! But noone dares and it’s sad.

And we are talking about Chaudron young people but not about all young people from Reunion island. We had to help people in trouble but at the same time, not to forget to give the opportunity to graduate young people to buid their future here, in Reunion island and to offer them jobs, even on a high position. Sure, the situation is the same in the main land; you had to know someone. But on such a tiny island and with a post-colonialism background, it’s more difficult to bear the situation.

Le soufflé retombe déjà à la Réunion. Il reste encore quelques points chauds mais qui font davantage figure de braises tranquilles. La « révolte » s’essouffle par manque d’organisation. Ce « mouvement » n’a pas de direction claire ni de visage. Il est désincarné et c’est ce qui fait la faiblesse de toute la Réunion au fond. Les Antillais arrivent à structurer et à rendre leurs actions fortes grâce à des figures fortes du passé comme Aimé Césaire.

Le traitement médiatique des « émeutes » est assez intéressant et particulièrement…plat. Ce soir, j’ai regardé « Questions d’Actu » sur Antenne Réunion et j’ai trouvé ça plutôt à côté de la plaque. Certes, on a fait l’effort de donner la parole à des acteurs importants tels que le président d’une association à vocation sociale au Port, un artiste du Chaudron et un sociologue. Mais les problèmes de fond n’ont pas été évoqués : le mécanisme de l’économie locale et la priorité à l’emploi des locaux. On a vaguement parlé du problème des grandes surfaces (une seule centrale d’achat!) mais en prenant soin de ne pas parler du vrai monopole à la base de l’économie et dans les hautes sphères. Mais où sont les journalistes ? Où est l’investigation ?

Mais un débat de 15 minutes est quand même trop court pour traiter un tel sujet ! En cette période, le débat devrait être tous les jours et avec tous les acteurs du terrain ! Toutes les catégories de la population, de l’enquête, des institutions et entreprises mises au pied du mur ! Mais personne n’a ce culot et c’est bien triste.

Et puis, on parle du Chaudron mais on ne prend pas l’ensemble des jeunes en compte. Il faut aider une population en difficulté, pour sûr mais en parallèle, il ne faut pas oublier un problème de terrain : permettre aux jeunes diplômés de construire leur île donc à tous les postes, même ceux de direction. Oui, j’entends déjà mais les problèmes de copinage existe aussi en métropole. Certes. Mais à l’échelle d’une si petite île et sur fond de post-colonialisme, c’est déjà plus lourd à digérer.

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Feu de paille ? Hay fire ?

I’m leaving only for a week and Reunion island « is burning ».

But it was enough.

At the beginning, a social movement amongst road hauliers about an increase of oil prices : they were driving very slowly on major roads of the island, strikes, meeting, the usual process. I must admit that I was expecting a usual ending with a lot of money.

But road hauliers asked the population to join this fight against oil prices increase but also everyday expensive prices and « rioting demonstrators » started to rock from sensitive neighbourhoods; the « Chaudron », known in the History of the island as the place of a real riot in the 90’s, the « Port » and other towns like Saint-Benoît for example.

The word « riot » is quite strong. I was in Paris in 2005 when there were real riots in the suburbs and yes, shops are burning _even small ones like a humble hairdresser in Rivière des Galets_, yes, there are fights between young people and police but it’s very far from the suburbian network where they were throwing fridges from building roofs on the police.

I’m not saying these breakers are angels. But we should try to understand the situation. These young people are fed up with all these allowances; they just want a normal life. A job. And in Reunion island, it’s a lot. Under-qualified, too qualified, it’s almost the same struggle. Young people from the main land know the same situation with the national employment agency proposing useless trainings and workshops. However, there is something to add about the Reunionnese case.

The emergency is to get a dynamic economy from my Reunionnese point of view. Reunion island can widely offer employment to all its population. Why so few companies ? Because it’s a mafia story. The cake is shared between fews and what is left, all the money coming from the French government and even from Europe dedicated to build structures, local people don’t see it. Let’s talk about jobs; graduated local people don’t see them. And I’m not talking about few cases. When they are not kept between friends, they are main land preferred.

But Reunion island is already more quiet today. But the arrival of 160 anti-riot policemen from the main land should have stopped some fires…

Je pars une petite semaine et la Réunion « s’enflamme ».

Remarque, il était temps !

Au départ, un mécontentement des transporteurs routiers au sujet d’une hausse des prix du carburant : des ralentissements sur les grands axes routiers de l’île, des manifs, des tables rondes, bref, le cirque habituel. J’avoue que je pensais que ça se terminerait comme d’habitude, à coups de pluie de subventions ou autres rétributions financières.

Mais l’appel des routiers à la mobilisation de toute la population pour une lutte contre le prix des carburants mais aussi contre la vie chère a vite fait de soulever des « émeutiers » dans les quartiers sensibles de l’île; le Chaudron, historiquement connu pour avoir été le théâtre de véritables émeutes dans les années 90, le Port et d’autres communes comme Saint-Benoît par exemple.

Le terme « émeutes » m’apparaît bien fort. J’étais à Paris au moment des émeutes qui ont eu lieu dans la région parisienne en 2005 et oui, des magasins brûlent _et parfois même des petits commerces dont un petit salon de coiffure à la Rivière des Galets_, oui, il y a des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre mais on est loin de l’organisation des banlieues qui balançaient des frigos depuis le toit des immeubles sur les forces de l’ordre.

Je ne veux pas faire passer ces casseurs pour des anges. Mais essayons un instant de comprendre la situation. Ces jeunes en ont assez d’être anesthésiés avec des RMI, RSA et autres; ils veulent juste une vie normale. Un travail. Et à la Réunion, c’est beaucoup demandé en réalité. Sous-qualifiés, trop qualifiés, c’est quasiment le même combat. La jeunesse métropolitaine connaît la même situation avec le Pôle Emploi proposant formations sans débouchés, ateliers sans espoirs. Cependant, il faut ajouter un bémol pour les jeunes réunionnais.

L’urgence, de mon point de vue de jeune réunionnaise, c’est dynamiser l’économie. La Réunion a largement de quoi offrir des emplois à toute sa population. Pourquoi si peu d’entreprises sur l’île ? Car c’est une terrible mafia qui sévit. Le gâteau est partagé entre quelques uns et tout le reste, tout l’argent drainé à l’Etat français et même à l’Europe qui devrait servir à développer des infrastructures, la population n’en voit pas la couleur. Parlons également des postes à pourvoir; les jeunes réunionnais diplômés n’en voit pas vraiment non plus la couleur. Et nous ne parlons pas de quelques cas isolés. Quand ils ne se partagent pas entre copains, les postes ont une préférence métropolitaine.

Ceci dit, la Réunion est déjà plus calme aujourd’hui et je crains que le feu de paille ne s’éteigne. Il faut dire que l’envoi d’escadrons de CRS de métropole (160) a dû dissuader certains…

Fake creol – Créol en carton

I was chatting recently with an old friend about creol language.

She had the chance to live on a true creol context with traditions, stories and language.

I was telling her about one of my biggest childhood shame; not being immerged in the language (neither in everything else because I’ve been raised à la française). In primary school, a teacher had been very surprised about me not been able to read creol (which is according to me quite difficult to read like all oral languages). I didn’t know what to tell to her because in fact, something was wrong. I was born there, my mother was a Creol Reunionnese and my father mauritian (but speaking a different creol).

I’ve learnt creol thanks to my classmates, stealing words and a rough grammar. The only one who was talking to me and is still talking to me in creol _for my great pleasure_ is my grandmother.

My situation is unfortunately very usual.

As I was explaining in a previous post, Debré law was terrible by its stigmatisation of creol cultur in Reunion island. « Terrible » is a very weak word to name the disaster which scars are still visibles today.

If impacts had been direct yesterday, like putting in jail maloya musicians and the auto-censorship of speaking creol, the true impact of today is the loss of identity, as an individual as a community.

At the beginning of this quest, I was more « condamning » this beautiful mix; with so many roots coming from all the Indian ocean and from beyond, how to know who we are, who am I ? But there could have been less troubles if a strong cultur _or many strong culturs because it is the definition itself of Reunion island, being multi_ could have have compacted the Reunionnese society. This process was almost on his way but Debré came.

This law appeared in the perfect context to maintain colonial schemes and to cut the roots of the young plant of the Reunionnese cultur.

Je parlais l’autre jour avec une amie de longue date de la langue créole.

Elle a eu la chance de vivre pour de vrai à la créole avec traditions culinaires, histoires et surtout immergée dans la langue.

Je lui disais qu’une des hontes de mon enfance a été de ne pas être immergée dans la langue (ni dans le reste d’ailleurs car j’ai été élevée à la française). En primaire, une maîtresse d’école a été très surprise que je ne sache pas lire le créol (qui entre nous soit dit, est très difficile à lire comme toutes les langues très orales transcrites sur papier). Je ne savais pas quoi lui dire car en effet, quelque chose ne collait pas. J’étais née là, ma mère était créole réunionnaise et mon père mauricien (mais parlant un créol différent).

J’ai appris le créol au contact de mes camarades de classe, chippant des mots et une grammaire approximative au vol. La seule personne qui me parlait et me parle toujours _pour mon plus grand plaisir_ en créol est ma grand-mère maternelle.

Ma situation est hélas banale.

Comme je le disais dans un article précédent, la loi Debré a fait beaucoup de mal par sa stigmatisation de la culture créole à la Réunion. »Beaucoup de mal » est un faible mot pour les ravages dont les douloureuses cicatrices sont encore présentes aujourd’hui.

Si les impacts ont été directs à l’époque comme l’emprisonnement des joueurs de maloya et l’auto-censure du parler créol, l’effet indirect d’aujourd’hui est aussi tragique; la perte d’identité, tant à l’échelle individuelle que collective.

Au début de ce questionnement, je « condamnais » davantage ce merveilleux métissage; avec tant de racines venant de tout l’océan indien et au-delà, comment savoir qui nous sommes, que je suis ? Mais il n’y aurait pas eu autant de problèmes si une nouvelle culture forte _ou de nouvelles cultures car la Réunion est multiple, c’est son origine même_ avait pu agglomérer la société réunionnaise actuelle. Ce processus aurait pu se faire mais Debré est arrivé.

Cette loi est apparue dans un contexte parfait pour maintenir des schémas coloniaux et couper les racines de la jeune plante de la culture réunionnaise.

BUMIDOM – Overseas policy scandal

A very interesting documentary about this outrageous scandal.

Just to add few comments about it :

– Mayotte, the brand new French department, could know the same issues at one point.

– In the main country (France), Overseas people are considered as lazy and working mainly in governmental companies (water, post and electricity). But as it is shown, BUMIDOM was promoting it.

– About Michel Debré, he also pushed for a law to forbid to play maloya music (because it was ‘promoting’ slavery issues too much). Talking in creol was considered like a shame so many generations had lost the link with this oral traditions and this language.

Fortunately and unfortunately, I was thinking about this for a long time : the French government wants its colonies to stay calm so they are ‘offering’ ‘chances’ to travel, etc. but in fact, the political strategy is to suck the claiming strenght of them by sending youth away.

Un documentaire fort intéressant sur ce scandale sans nom.

Simplement quelques commentaires à ajouter :

– Mayotte, tout dernier département français, pourrait subir le même sort à un certain moment.

– En métropole, les ultramarins sont considérés comme paresseux et cherchant à se planquer dans les administrations publiques. Mais comme il est montré, le BUMIDOM les « transféraient » quasiment dans ces administrations.

– A propos de Michel Debré, il a aussi interdit de jouer du maloya, une musique locale, racine des esclaves (interdite à ce sujet). Parler créol était considéré comme une honte donc plusieurs generations ont perdu le lien avec ces traditions orales et cette langue.

Heureusement et malheureusement, je pensais à cette idée depuis un bon moment : le gouvernement français souhaite que ses colonies restent dociles donc elle « offre » une « chance » de voyager, etc. mais en réalité, cette manoeuvre politique vise à annihiler la force revendicatrice de la jeunesse en l’exilant.

Choking TV commercial – Pub choquante !

I thought it was a joke but not; on a local Reunionnese TV, I’ve just seen a TV commercial for a whitening skin cream ! Despite all debates in the main land and everywhere else about it, people are still selling and promoting this kind of product!

Unfortunately, it is an indicator of terrible consequences of a choking colonialism still there. And even if the first edition of Miss Black France (French beauty pageant) will take place soon in Paris!

It’s a shame to stay stuck in this in 2012 in Reunion island…

Incroyable mais vrai : je viens de voir sur Antenne Réunion, une pub pour une crème éclaircissante pour la peau ! Malgré toutes les polémiques en métropole et ailleurs dans le monde, on continue de vendre et surtout de promouvoir ce type de produit.

Hélas, un indicateur des conséquences néfastes d’un terrible colonialisme encore présent alors qu’à Paris aura lieu la première élection de Miss Black France !

C’est quand même triste qu’on en soit encore là en 2012 à la Réunion…