Célimène Marronne

Une vision anti-colonialiste – An anti-colonialist point of view

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Derrière le rideau rouge – Behind the red curtain

C’est sûr, les honneurs, c’est toujours bon à prendre. Surtout lorsqu’on s’attribue un travail bien fait.

Les coulisses du spectacle de danse de l’inauguration du stade olympique de Saint-Paul de ce 26 mai dernier illustre tout à fait ce genre d’attitude de la part d’un certain Ismaël Aboudou (qui semblait déjà ne pas avoir que des amis dans le milieu à la base). Le monde est encore plus petit à la Réunion et voilà bien quelqu’un qui ne craint pas pour sa réputation.

Question : pourquoi donc s’engager auprès de quelqu’un qui traîne déjà quelques casseroles ? Pour ne pas succomber à la tentation _ridicule_ du ladilafé, penser qu’il y a des jaloux qui peuvent entâcher une réputation et tenter quand même l’aventure.

Mais il faut parfois reconnaître qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Ainsi, le danseur-chorégraphe-gérant d’association de danse remercie à la fin du spectacle ses collaborateurs en omettant de citer une jeune chorégraphe, danseuse et professeure en charge du tableau indien. Certains parlent de « micro fonctionnant mal », d’autres « d’émotion » trop intense pour pouvoir prononcer le prénom de la chorégraphe et danseuse.

Le nom d’Ismaël Aboudou, et son seul nom, se retrouve donc associé à un tableau auquel il n’a pas apporté la moindre touche.

Un tableau apprécié des spectateurs et une chorégraphie et des costumes qui ont influencé tout le spectacle dans son ensemble. Sans doute trop d’intensité pour annihiler la diction d’Ismaël Aboudou au moment des remerciements. Bien qu’il reste en suspens la question de respect pour le travail d’autrui…

Quel dommage quand même d’oublier le travail de cette chorégraphe à l’expérience internationale mais hélas, trop jeune et créative pour un autre chorégraphe utilisant les mêmes bouts de ficelle depuis des années. Parce qu’en plus, ça se voit. Aucune finesse et on ne peut pas donc évoquer le subterfuge pour tromper une trop grande confiance. Parlons plus clairement et simplement de « foutage de gueule ». Car même les élus auxquels Ismaël Aboudou a voulu plaire ont vu de leurs yeux la qualité et les efforts de cette équipe de danse indienne, formée, précisons-le, de professionnels mais aussi d’amateurs (et même de complets néophytes). En l’espace d’un mois et demi, cette chorégraphie mêlant différentes danses indiennes et de kalari (art martial indien) a été mise en place.

Le chemin a quand même été jonché d’obstacles : temps de répétitions pour cette chorégraphie très restreint comparé aux autres tableaux, costumes livrés la veille du spectacle, filage sans fin… Les professionnels se gausseraient volontiers d’un tel amateurisme.

La réponse pourrait se trouver dans différents domaines : difficulté, voire impossibilité de déléguer et de communiquer, ego surdimmensionné…

Notons également des dérapages en marge des chorégraphies, dans les coulisses, où le comportement de certaines personnes a été assez « limite » entre un refus clair et net d’offrir de la nourriture et des boissons aux percussionnistes sous prétexte qu’ils ne sont pas des danseurs (mais sans qui le spectacle n’aurait pas été possible) et une menace envers un jeune garçon accompagnant des danseuses mahoraises qui traînait trop autour de la nourriture et qui aurait pû être raccompagné par les services de sécurité.

De plus, il est intéressant de se poser la question de la communication autour de l’évènement. Pourquoi mentir à ces danseurs bénévoles, leur faisant miroiter un défraiement, une rencontre avec Zinedine Zidane et une retransmission en direct (car seul le match était retransmis en direct) ? La franchise n’a jamais tué personne. De plus, on se demande si un vrai travail de communicant a été fait auprès des médias et une vraie campagne de pub pensée.

For sure, honours are great. Especially when it’s not your work and when it’s a good one.

Backstage of the inauguration of the olympic stadium in Saint-Paul, Reunion island on the 26th May gave us a good example of this kind of behaviour with Ismaël Aboudou _who already had some enemies in the arts world. The world is small and moreover in Reunion island and he seems not to fear anything, Mr Aboudou.

Question : why working with someone who is already blacklisted ? For not being as stupid as rumors and jealous persons and trying to work together.

But sometimes, you had to admit there’s no smoke without fire. So, dancer-choreographer-president of the dance association Ismaël Aboudou thanks all his collaborators at the end of the show forgetting to say the name of the young dancer, choreographer and teacher in charge of the indian dance. Some people told about ‘malfunctioning microphone’, others about a too intense ’emotion’, so intense that he couldn’t pronounce the name of the dancer-choreographer.

Ismaël Aboudou’s name _and only his name_ had been associated to a dance (choreography, costumes’s inspiration, music) which he had not worked on.

Indian dance had been appreciated by the audience and this choreography and its costumes influenced all the show. Probably too much intense for let him speechless for thanking her. But there is the question of respect for the work from the other.

What a shame to forget all the work of this choreographer with an international experience but probably too young and creative for another choreographer using the same tricks for many years. Because the worst is tha people knows about it. No fineness and we cannot imagine about a trick for cheating a confidence. Let’s say more about a simple ‘bad joke’. Because even politics who Ismaël Aboudou wanted to be liked by had seen through their own eyes quality and efforts of the indian dance team, composed by professionals and amateurs (and even dance newbies!). On one month and half, the choreography composed of different indian dances and kalari (indian martial art) had been put in place.

There were obstacles on the way : shorter time for rehearsing this choreography compared to the other ones, costumes given the day before, endless rehearsals… Pros would mock about such an amateurism.

Answers could be found in different fields : difficulty or even impossibility of delegating and communicating, monstruous ego…

Let’s tell also about some gaffes on backstage. Like not offering food and drinks to the percussionists because they were not dancing _but without them, the show was down_ and a threat towards a young Mayotte teen who was accompanying Mayotte dancers _he was accused to take food and could have been throwed by security services_.

About communication, why lying to dancers and promising to meet French soccer champion Zinedine Zidane, some money and live broadcast (only the soccer match had been live broadcasted) ? Being honest never killed anyone, Ismaël Aboudou. We’re not even thinking about the communication towards medias…

Creol cookery : finally a good exposure ! Bonne exposition de la cuisine créole : enfin !

I had the pleasure to discover a program about creol cooking tonight on a local TV.

Finally, there is a cultural program on the island ! I had the chance to know more about creol people and local traditions.

A good action like the ones of Christian Antou (www.goutanou.re), chef and teacher on a local cookery school.

J’ai eu le plaisir de découvrir ce soir sur une chaîne locale, Réunion 1ère, une émission sur la cuisine créole.

Enfin une émission intéressante sur l’île ! Non seulement nous découvrons des personnages très typiques mais on en apprend plus sur les traditions locales, « longtemps ».

Une initiative louable, dans la lignée des actions de Christian Antou (à retrouver sur le site http://www.goutanou.re !), chef et formateur dans une école de cuisine locale.

Tourism in Reunion island : missed appointment – Tourisme à la Réunion : rendez-vous raté

Employment is such a joke in Reunion island !

I’ve heard a comment on a local radio : someone was reporting about an English-speaking couple on holidays. The Regional Tourism Office was not able to find one English-speaking person amongst their staff.

This news item is quite interesting. I’ve sent a job application few weeks ago, offering my skills, underlining my experience of one year in an English-speaking country. Sure, I’m not qualified but my skills are real.

I’ve not even been received by the HR. She just sent me back this email :

‘Miss,

We have received your application.

After a deep reading of your application, we cannot offer you a position.

However, we are keeping your resume and we will contact you if an opportunity in link is coming up.

Yours sincerely,

The HR’

I think it’s time now !

Il y a de quoi rire jaune en matière d’emploi à la Réunion.

J’entendais un témoignage sur les ondes d’Antenne Réunion : quelqu’un parlait d’un couple de danseurs en vacances ici qui ne parlaient qu’en anglais et l’IRT (Ile de la Réunion Tourisme) n’a pas pu trouver une seule personne parmi son personnel pour pallier à ce besoin d’interprète.

Cette nouvelle est assez intéressante. J’ai envoyé une candidature spontanée il y a quelques semaines, offrant mes services de guide-interprète, soulignant une expérience d’un an dans un pays anglophone. Certes, je n’ai pas le diplôme de guide-interprète mais mes compétences sont là.

Je ne suis même pas reçue par les Ressources humaines de l’IRT, qui m’ont simplement adressé cet email :

« Mademoiselle,

 

Nous avons bien reçu votre courrier et vous remercions de l’intérêt porté à notre association.

 Après examen attentif de votre candidature par le service RH, nous ne pouvons réserver une suite favorable à votre demande.

 

Toutefois, nous nous permettons de conserver votre curriculum vitae et ne manquerons pas de vous contacter si une opportunité en lien avec votre profil se présente.

 

Restant à votre disposition, nous vous prions de croire, Mademoiselle, en l’assurance de notre considération la meilleure.

 

La Secrétaire Générale »

Je pense qu’il serait temps !

Mobility – Le concept de mobilité.

Mobility, regional preference : AH AH AH !

What jokes ! Years are going on and the speech is the same. We encourage the youth to study in the main land and abroad with a thin promise of return one day. But it’s wrong !

When I was in Paris few years ago, I went to the Overseas department on the Paris City Council for a job. The director welcomed me on a high roof office. As usual, there was no job for me but knowing this department had big budgets and comparing its actions toward the overseas community was choking. You had to know, there is an office supposed to welcome overseas people in Paris but this place is a big mystery. No ads about it anywhere and from my memory of exiled Reunionnese, I’ve never seen any help from the administration, even when I was living in intramuros Paris. I suppose it’s better not to be asked anything, they could break an arm in working too much.

Being a Reunionnese student is pretty hard. People underestimate this status. When I was a student, I had a friend in Montpellier (South of France) and she had a friend preparing a doctorate in psychology. She welcomed her because she was homeless. They cut her allowances. I’m very impressed by this girl as she’s coming from a modest family and she always fought. She was about to stop her studies because of this problem of allowances…

But the funny ones were the Student Centre of Reunion island. I wasn’t a student anymore but I had the chance to ask them a question : what about putting in place a psychologic help for students out of the island ? The director laughed and laughed ! She couldn’t conceived it.

This policy of mobility is sucking brains and claimant strenght out of the island to keep the population gentle. But one day, everything could explode.

Mobilité, préférence régionale : AH AH AH !

Quelles blagues ! Les années passent et le discours ne change pas. On encourage les jeunes à partir se former en métropole et à l’étranger avec une vague promesse de revenir un jour au pays. Mais c’est faux !

Lors de mes errances à Paris il y a quelques années, j’avais frappé à la porte du département Outremer à la mairie de Paris pour un boulot. Son directeur m’avait reçu dans un beau bureau à haut plafond. Bon, comme d’habitude, il n’y avait rien pour moi mais savoir que ce département recevait de gros budgets et que les actions menées en faveur de la communauté ultramarine étaient une vraie peau de chagrin était vraiment révoltant. Il faut le savoir, il existe un bureau d’accueil exclusivement destiné aux ultramarins sur Paris mais ce lieu est un grand mystère. Aucune publicité ne promeut cet endroit et de mon souvenir de réunionnaise exilée, je n’ai jamais vu aucune main tendue de la part des administrations, même en vivant sur Paris intramuros. Je suppose que c’est mieux de ne pas être trop sollicité, on pourrait se casser un bras en travaillant trop.

La condition étudiante des réunionnais est quand à elle très difficile de mon point de vue. Je la trouve totalement sous-estimée. Etudiante, j’avais une amie à Montpellier et elle accueillait une autre amie qui préparait un doctorat en psychologie. Cette dernière s’était retrouvée à la rue car les aides ne suivaient plus. J’ai beaucoup d’admiration pour cette fille qui vient d’un milieu modeste et qui s’est toujours battue. Et elle risquait de ne pas finir ses études pour une question d’aides coupées…

Mais ceux qui m’ont vraiment fait grincer des dents, c’est le Crous a la Réunion. Je n’étais plus étudiante mais j’ai eu l’occasion de leur poser une question faussement innocente; quid du suivi psychologique des étudiants réunionnais hors de l’île ? La directrice m’avait littéralement ri au nez ! Sans vergogne ni respect ! Pour elle, c’était simplement une question hors propos.

Cette politique de mobilité vide l’île de ses cerveaux et de sa force revendicatrice pour avoir une population plus docile. Mais le retour de bâton pourrait être bien dangereux.

« No talents here. » – « Il n’y a pas de talents ici. »

Let’s come back to an major component of a society : cultur.

Cultur is forgotten by local medias. And it’s a shame as it’s really rich.

When you try to propose concepts to medias, answers are fatalists : »Who is interested in ? You know, it’s great to try to do things but once you’ve left, nothing will happen. » This person was right about the noisy silence after I’ve left, which I truly deplore.

However, about the interest, I really disagree. Everybody is interested in, it’s the goal of a media : to vulgarise and to make the information understable to all. Certainly, I had good tutors who confirmed my ethic and who gave me a noble vision of the job. True, reality is different but I’m keeping my values.

Ironically, many artists are ready to communicate and an audience is waiting this kind of content. The only weak link is the media because the two others won’t easily meet.

Over artists promotion, I think it’s about public service (even done by a commercial media). Us, lost young people, we also need it. Some proud and having two feet stable in the ground. And despite of all spiteful gossip, Reunionnese cultur is not only about slavery.

But about revolt, mine started from an « anecdote » which let me speechless at this momentum but then endless. I was treating the question of the inconstance of writing contests in Reunion island and I went to the highest institutions of the island. From a very comfortable seat, the director told me, right in the eye : « There’s no talents here. » This happened few years ago and I hope things have changed.

Revenons sur un élément important de toute société : la culture.

La culture brille par son absence dans les médias réunionnais. Et c’est bien dommage car elle est très riche.

Lorsqu’on essaie de lancer des initiatives au niveau des médias, les réponses sont assez fatalistes : « Mais qui ça intéresse ? Tu sais, c’est bien d’essayer de faire quelque chose mais dès que tu seras partie, il ne se passera plus rien. » Cette personne n’avait pas tort sur l’incroyable immobilisme après mon départ, que je déplore vraiment.

Cependant, sur l’intérêt, je suis franchement contre. Ca intéresse tout le monde, c’est le but d’un média : de vulgariser et d’apporter à tous l’accès à l’information. Certes, j’ai eu de bons formateurs qui ont confirmé mon éthique et m’ont donné une vision noble du métier. La réalité est, c’est vrai, tout autre mais je tiens à mes valeurs.

Ironie du sort : il existe beaucoup d’artistes prêts à communiquer et un public en attente de ce genre de contenus. Seul maillon défaillant : le média car ces deux autres ne se rencontreront pas comme ça.

Au delà de la promotion des artistes, j’estime que c’est une question de service public (même si cette exposition devait se faire via des médias privés). Nous, les jeunes à la dérive, c’est de ça que nous avons aussi besoin. Une fierté et deux pieds bien ancrés dans le sol. Et malgré ce que dirons les mauvaises langues,la culture réunionnaise n’est pas auto-centrée sur l’esclavage.

Mais question révolte, la mienne est partie d’une « anecdote » qui m’a laissée bouche bée sur le moment mais m’a rendue ensuite intarissable sur le sujet. J’abordais la question des concours littéraires à la Réunion, à savoir leur inconstance. Je me suis rendue aux plus hautes instances de l’île et de son siège fort confortable, la directrice m’a dit à ce sujet, droit dans les yeux : »Mais il n’y a pas de talents ici. » Cet épisode a eu lieu il y a quelques années et j’espère que les choses ont changé depuis.

Chronicle of a usual disaster – Chronique d’une catastrophe habituelle

After « riots », local institutions decided to fight against « expensive prices ». The highest institution of the island published a 60 « solidary products » list, so a decrease on some « basic » products up to 40% which should be applied from the 12th March 2012. They are proud _of course!_ of this action and are hoping to calm down people.

This situation is a tragi-comedy. Honestly, I’m laughing and crying.

I can only do two statements :

– We already knew it but we had a confirmation : Reunionnese people are squeezed like lemons. They had a decrease on oil prices and on some basic products after a « social movement »; industries could have kept their benefits if nobody had say anything.

– They avoid to talk about the main problem, as usual : employment. Noone is really fighting for it. People want to work and not only consume as some could think. Matter of dignity.

They just announced few measures about employment of young people (less than 26 years old, others aren’t and we don’t know how they survive and they just don’t care). They propose apprenticeships and other temporary contracts in limited quantity. And for those who studied, those who are qualified ? What are their chances ?

It’s also quite harsch to hear some abject speeches about the way of consuming of Reunionnese people. For sure, they is a problem about education but it’s too easy. Just like the reputation of being assisted. Who is responsible for ?

However, I’m happy to hear for the first time some people talking about the monopoly about importation and supermarkets. It will take some time but at least, the problem is on the table.

Suite aux « émeutes », les institutions locales ont décidés de réagir face à « la vie chère ». La préfecture de la Réunion a émis une liste de 60 « produits solidaires » soit une baisse sur certains produits « de nécessité » allant jusqu’à 40% qui devrait être appliquée le 12 mars prochain. Le préfet « se félicite » évidemment de cette mesure et espère ainsi apaiser les tensions.

Cette situation est franchement risible. Enfin, honnêtement, c’est plutôt un rire jaune.

Finalement, on arrive à deux constats :

– On le savait déjà mais on a une confirmation : on prend vraiment les Réunionnais pour des vaches à lait et surtout pour des cons.  On a obtenu une baisse des prix sur les carburants et sur certains produits suite à un « mouvement social » ; les industriels auraient pu continuer à se faire des marges si rien ne s’était passé.

– On occulte le vrai problème, comme toujours : l’emploi. Personne ne se bat vraiment pour ça. Les gens veulent travailler et pas seulement consommer comme certains pourraient le croire. Question de dignité.

On vient d’annoncer des mesures pour l’emploi des jeunes (moins de 26 ans, les autres ne le sont plus et on ne sait pas vraiment comment ils s’en sortent et en gros, on s’en fout). On propose des contrats de qualifications et autres contrats temporaires en quantité limitée. Et ceux qui sont partis étudier, qui ont des qualifications ? Que leur propose-t-on ?

J’ai également trouvé assez lamentable d’entendre certains discours condescendants sur la manière de consommer des Réunionnais. Bien sûr qu’il y a un problème d’éducation mais je trouve la critique trop facile. Tout comme cette réputation d’assistés qui nous collent à la peau. Qui est responsable ?

En revanche, je salue la mention du monopole concernant l’importation des produits et la grande distribution. Ca prendra du temps mais on va enfin au moins évoquer le problème.

Cooling down – Le soufflé retombe.

The situation is already cooling down in Reunion island. Some fires are still active in the island but there are more embers. The « Revolt » is going down by lack of organisation. This « movement » doesn’t have a direction neither a face. It is disembodied and it is the weak point of all the island in fact. Antillas people succeed to structur and strenght their actions thanks to strong figures from the past like Aimé Césaire.

The mediatisation of these « riots » is quite interesting and especially…flat! Tonight, I’ve watched a debate on a local TV and it was clearly out. For sure, we try to let speak major actors like the president of a social association from Le Port (hot spot), a Chaudron (another hot spot) artist and a sociologist. But real problems don’t have been put in light : mechanism of the local economy and priority to employ local people. They vaguely talked about supermarkets (only one supplier!) but not talking about monopoly and affairs on institutions and companies. But where are journalists ? Where is the investigation ?

But how to solve such a debate in only 15 minutes ? In this period, debates should be everyday and with everybody ! Every social class, investigation and interviews ! But noone dares and it’s sad.

And we are talking about Chaudron young people but not about all young people from Reunion island. We had to help people in trouble but at the same time, not to forget to give the opportunity to graduate young people to buid their future here, in Reunion island and to offer them jobs, even on a high position. Sure, the situation is the same in the main land; you had to know someone. But on such a tiny island and with a post-colonialism background, it’s more difficult to bear the situation.

Le soufflé retombe déjà à la Réunion. Il reste encore quelques points chauds mais qui font davantage figure de braises tranquilles. La « révolte » s’essouffle par manque d’organisation. Ce « mouvement » n’a pas de direction claire ni de visage. Il est désincarné et c’est ce qui fait la faiblesse de toute la Réunion au fond. Les Antillais arrivent à structurer et à rendre leurs actions fortes grâce à des figures fortes du passé comme Aimé Césaire.

Le traitement médiatique des « émeutes » est assez intéressant et particulièrement…plat. Ce soir, j’ai regardé « Questions d’Actu » sur Antenne Réunion et j’ai trouvé ça plutôt à côté de la plaque. Certes, on a fait l’effort de donner la parole à des acteurs importants tels que le président d’une association à vocation sociale au Port, un artiste du Chaudron et un sociologue. Mais les problèmes de fond n’ont pas été évoqués : le mécanisme de l’économie locale et la priorité à l’emploi des locaux. On a vaguement parlé du problème des grandes surfaces (une seule centrale d’achat!) mais en prenant soin de ne pas parler du vrai monopole à la base de l’économie et dans les hautes sphères. Mais où sont les journalistes ? Où est l’investigation ?

Mais un débat de 15 minutes est quand même trop court pour traiter un tel sujet ! En cette période, le débat devrait être tous les jours et avec tous les acteurs du terrain ! Toutes les catégories de la population, de l’enquête, des institutions et entreprises mises au pied du mur ! Mais personne n’a ce culot et c’est bien triste.

Et puis, on parle du Chaudron mais on ne prend pas l’ensemble des jeunes en compte. Il faut aider une population en difficulté, pour sûr mais en parallèle, il ne faut pas oublier un problème de terrain : permettre aux jeunes diplômés de construire leur île donc à tous les postes, même ceux de direction. Oui, j’entends déjà mais les problèmes de copinage existe aussi en métropole. Certes. Mais à l’échelle d’une si petite île et sur fond de post-colonialisme, c’est déjà plus lourd à digérer.

Feu de paille ? Hay fire ?

I’m leaving only for a week and Reunion island « is burning ».

But it was enough.

At the beginning, a social movement amongst road hauliers about an increase of oil prices : they were driving very slowly on major roads of the island, strikes, meeting, the usual process. I must admit that I was expecting a usual ending with a lot of money.

But road hauliers asked the population to join this fight against oil prices increase but also everyday expensive prices and « rioting demonstrators » started to rock from sensitive neighbourhoods; the « Chaudron », known in the History of the island as the place of a real riot in the 90’s, the « Port » and other towns like Saint-Benoît for example.

The word « riot » is quite strong. I was in Paris in 2005 when there were real riots in the suburbs and yes, shops are burning _even small ones like a humble hairdresser in Rivière des Galets_, yes, there are fights between young people and police but it’s very far from the suburbian network where they were throwing fridges from building roofs on the police.

I’m not saying these breakers are angels. But we should try to understand the situation. These young people are fed up with all these allowances; they just want a normal life. A job. And in Reunion island, it’s a lot. Under-qualified, too qualified, it’s almost the same struggle. Young people from the main land know the same situation with the national employment agency proposing useless trainings and workshops. However, there is something to add about the Reunionnese case.

The emergency is to get a dynamic economy from my Reunionnese point of view. Reunion island can widely offer employment to all its population. Why so few companies ? Because it’s a mafia story. The cake is shared between fews and what is left, all the money coming from the French government and even from Europe dedicated to build structures, local people don’t see it. Let’s talk about jobs; graduated local people don’t see them. And I’m not talking about few cases. When they are not kept between friends, they are main land preferred.

But Reunion island is already more quiet today. But the arrival of 160 anti-riot policemen from the main land should have stopped some fires…

Je pars une petite semaine et la Réunion « s’enflamme ».

Remarque, il était temps !

Au départ, un mécontentement des transporteurs routiers au sujet d’une hausse des prix du carburant : des ralentissements sur les grands axes routiers de l’île, des manifs, des tables rondes, bref, le cirque habituel. J’avoue que je pensais que ça se terminerait comme d’habitude, à coups de pluie de subventions ou autres rétributions financières.

Mais l’appel des routiers à la mobilisation de toute la population pour une lutte contre le prix des carburants mais aussi contre la vie chère a vite fait de soulever des « émeutiers » dans les quartiers sensibles de l’île; le Chaudron, historiquement connu pour avoir été le théâtre de véritables émeutes dans les années 90, le Port et d’autres communes comme Saint-Benoît par exemple.

Le terme « émeutes » m’apparaît bien fort. J’étais à Paris au moment des émeutes qui ont eu lieu dans la région parisienne en 2005 et oui, des magasins brûlent _et parfois même des petits commerces dont un petit salon de coiffure à la Rivière des Galets_, oui, il y a des affrontements entre jeunes et forces de l’ordre mais on est loin de l’organisation des banlieues qui balançaient des frigos depuis le toit des immeubles sur les forces de l’ordre.

Je ne veux pas faire passer ces casseurs pour des anges. Mais essayons un instant de comprendre la situation. Ces jeunes en ont assez d’être anesthésiés avec des RMI, RSA et autres; ils veulent juste une vie normale. Un travail. Et à la Réunion, c’est beaucoup demandé en réalité. Sous-qualifiés, trop qualifiés, c’est quasiment le même combat. La jeunesse métropolitaine connaît la même situation avec le Pôle Emploi proposant formations sans débouchés, ateliers sans espoirs. Cependant, il faut ajouter un bémol pour les jeunes réunionnais.

L’urgence, de mon point de vue de jeune réunionnaise, c’est dynamiser l’économie. La Réunion a largement de quoi offrir des emplois à toute sa population. Pourquoi si peu d’entreprises sur l’île ? Car c’est une terrible mafia qui sévit. Le gâteau est partagé entre quelques uns et tout le reste, tout l’argent drainé à l’Etat français et même à l’Europe qui devrait servir à développer des infrastructures, la population n’en voit pas la couleur. Parlons également des postes à pourvoir; les jeunes réunionnais diplômés n’en voit pas vraiment non plus la couleur. Et nous ne parlons pas de quelques cas isolés. Quand ils ne se partagent pas entre copains, les postes ont une préférence métropolitaine.

Ceci dit, la Réunion est déjà plus calme aujourd’hui et je crains que le feu de paille ne s’éteigne. Il faut dire que l’envoi d’escadrons de CRS de métropole (160) a dû dissuader certains…

Fake creol – Créol en carton

I was chatting recently with an old friend about creol language.

She had the chance to live on a true creol context with traditions, stories and language.

I was telling her about one of my biggest childhood shame; not being immerged in the language (neither in everything else because I’ve been raised à la française). In primary school, a teacher had been very surprised about me not been able to read creol (which is according to me quite difficult to read like all oral languages). I didn’t know what to tell to her because in fact, something was wrong. I was born there, my mother was a Creol Reunionnese and my father mauritian (but speaking a different creol).

I’ve learnt creol thanks to my classmates, stealing words and a rough grammar. The only one who was talking to me and is still talking to me in creol _for my great pleasure_ is my grandmother.

My situation is unfortunately very usual.

As I was explaining in a previous post, Debré law was terrible by its stigmatisation of creol cultur in Reunion island. « Terrible » is a very weak word to name the disaster which scars are still visibles today.

If impacts had been direct yesterday, like putting in jail maloya musicians and the auto-censorship of speaking creol, the true impact of today is the loss of identity, as an individual as a community.

At the beginning of this quest, I was more « condamning » this beautiful mix; with so many roots coming from all the Indian ocean and from beyond, how to know who we are, who am I ? But there could have been less troubles if a strong cultur _or many strong culturs because it is the definition itself of Reunion island, being multi_ could have have compacted the Reunionnese society. This process was almost on his way but Debré came.

This law appeared in the perfect context to maintain colonial schemes and to cut the roots of the young plant of the Reunionnese cultur.

Je parlais l’autre jour avec une amie de longue date de la langue créole.

Elle a eu la chance de vivre pour de vrai à la créole avec traditions culinaires, histoires et surtout immergée dans la langue.

Je lui disais qu’une des hontes de mon enfance a été de ne pas être immergée dans la langue (ni dans le reste d’ailleurs car j’ai été élevée à la française). En primaire, une maîtresse d’école a été très surprise que je ne sache pas lire le créol (qui entre nous soit dit, est très difficile à lire comme toutes les langues très orales transcrites sur papier). Je ne savais pas quoi lui dire car en effet, quelque chose ne collait pas. J’étais née là, ma mère était créole réunionnaise et mon père mauricien (mais parlant un créol différent).

J’ai appris le créol au contact de mes camarades de classe, chippant des mots et une grammaire approximative au vol. La seule personne qui me parlait et me parle toujours _pour mon plus grand plaisir_ en créol est ma grand-mère maternelle.

Ma situation est hélas banale.

Comme je le disais dans un article précédent, la loi Debré a fait beaucoup de mal par sa stigmatisation de la culture créole à la Réunion. »Beaucoup de mal » est un faible mot pour les ravages dont les douloureuses cicatrices sont encore présentes aujourd’hui.

Si les impacts ont été directs à l’époque comme l’emprisonnement des joueurs de maloya et l’auto-censure du parler créol, l’effet indirect d’aujourd’hui est aussi tragique; la perte d’identité, tant à l’échelle individuelle que collective.

Au début de ce questionnement, je « condamnais » davantage ce merveilleux métissage; avec tant de racines venant de tout l’océan indien et au-delà, comment savoir qui nous sommes, que je suis ? Mais il n’y aurait pas eu autant de problèmes si une nouvelle culture forte _ou de nouvelles cultures car la Réunion est multiple, c’est son origine même_ avait pu agglomérer la société réunionnaise actuelle. Ce processus aurait pu se faire mais Debré est arrivé.

Cette loi est apparue dans un contexte parfait pour maintenir des schémas coloniaux et couper les racines de la jeune plante de la culture réunionnaise.

BUMIDOM – Overseas policy scandal

A very interesting documentary about this outrageous scandal.

Just to add few comments about it :

– Mayotte, the brand new French department, could know the same issues at one point.

– In the main country (France), Overseas people are considered as lazy and working mainly in governmental companies (water, post and electricity). But as it is shown, BUMIDOM was promoting it.

– About Michel Debré, he also pushed for a law to forbid to play maloya music (because it was ‘promoting’ slavery issues too much). Talking in creol was considered like a shame so many generations had lost the link with this oral traditions and this language.

Fortunately and unfortunately, I was thinking about this for a long time : the French government wants its colonies to stay calm so they are ‘offering’ ‘chances’ to travel, etc. but in fact, the political strategy is to suck the claiming strenght of them by sending youth away.

Un documentaire fort intéressant sur ce scandale sans nom.

Simplement quelques commentaires à ajouter :

– Mayotte, tout dernier département français, pourrait subir le même sort à un certain moment.

– En métropole, les ultramarins sont considérés comme paresseux et cherchant à se planquer dans les administrations publiques. Mais comme il est montré, le BUMIDOM les « transféraient » quasiment dans ces administrations.

– A propos de Michel Debré, il a aussi interdit de jouer du maloya, une musique locale, racine des esclaves (interdite à ce sujet). Parler créol était considéré comme une honte donc plusieurs generations ont perdu le lien avec ces traditions orales et cette langue.

Heureusement et malheureusement, je pensais à cette idée depuis un bon moment : le gouvernement français souhaite que ses colonies restent dociles donc elle « offre » une « chance » de voyager, etc. mais en réalité, cette manoeuvre politique vise à annihiler la force revendicatrice de la jeunesse en l’exilant.